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Trois hommes se tenaient devant nous. Ils avaient tous les trois le visage balafré, l'un d'eux en était même défiguré. Ils avaient l'air plus qu'agressifs, leurs regards hargneux se posaient sur nous, comme pour nous défier.
- J'ai peur.
Bill avait soufflé cette simple phrase, seul moi avais pu l'entendre. Il s'agissait bien d'un appel de détresse, mais comment le secourir fasse à un tel risque. Nous étions simplement en infériorité.
Un des hommes, le plus affreux, s'approchât de nous, le regard vide, un sourire aux lèvres.
- Alors ? Réveillés ? Vous auriez mieux fait de rester endormis, ça vous aurait permis un peu plus de répit.
Si je n'avais pas réveillé Bill, rien ne lui serait arrivé ? Je m'en voulais tellement à présent. Je venais de signer son arrêt de mort, inconsciemment.
Alors que j'étais sur la défensive, prés à l'attaque, Bill, lui était terrorisé, et immobilisé par la peur. Immobile, il les regardait d'un regard suppliant.
L'homme se retournât vers ses acolytes, nous ignorant de nouveau.
- Il nous faut les deux tout de suite, ou j'en prends qu'un seul ?
Il voulait nous séparer ? Non, ce n'était pas possible. Deux jumeaux ne pouvaient pas mourir séparément. On ne pouvait pas m'arracher à ma moitié.
Je vis une larme dégoulinée le long de la joue de Bill. Il me lançât un regard qu'il pensait discret, dans laquelle je pouvais lire une sorte d'adieu.
L'homme s'approcha dangereusement de mon frère.
- Toi, là, t'as une tête que ne me reviens pas.
Sans même prévenir, il lui donna un coup de pied dans le crâne. Bill, dans un dernier cri, tomba violemment contre le sol, créant un bruit sourd qui résonna dans la salle. Les autres riaient, moi je voyais la tête de mon frère qui commençait à saigner, rajoutant un peu de rouge au plancher déjà écarlate.
- Non ! Vous l'avez tué, espèce de monstre.
- Oh, toi le frangin tu te calmes. Non on ne l'a pas tué, on a besoin qu'il soit en vie, encore pour quelques heures.
Comment, comment pouvaient ils faire preuve de tant de haine ? Ils prirent le corps qui semblait sans vie de mon frère. Les larmes aux yeux, je les voyais l'emporter en dehors de notre cellule. J'ai commencé à me débattre contre mes chaînes, combat perdu d'avance, je le savais bien, mais il ne me restait que cela.
- Rendez moi mon frère ! Il est a moi ! Rendez le moi ! Je l'aime ...
J'ai laissé tomber mon visage sur mon torse, déjà plus que blessé. L'homme qui avait tapé mon frère rentra, en silence, et se dirigea vers moi.
- Tais toi ! On a besoin de silence ! Sinon je te réserve le même sort que ton jumeau.
- Faite de moi ce que vous voulez, sans lui je ne suis plus moi.
- Ne t'inquiètes pas ! Tu ne tarderas pas à le rejoindre.
Son sourire était sadique, comme si le sort qu'il me réservait le rendait joyeux. Il approcha sa main de mon visage, comme pour me caresser la joue. Sans même me poser de questions, je lui ai craché dessus. Rien que l'idée de sentir la peau du meurtrier de mon frère sur la mienne, me dégoûtait. Je n'avais de toute façon plus rien à perdre, à présent.
L'homme ne dit rien, retirant simplement sa main. Moi je restais les yeux fixés sur les chaînes qui retenaient mon frère quelques minutes plus tôt, comme dans l'espoir de le voir réapparaître à la même place.
- Pourquoi ?
- Pourquoi quoi ?
- Pourquoi faites vous cela ?
- C'est assez compliqué.
- J'ai tout mon temps, je veux simplement comprendre.
- Non tu n'as pas tout ton temps, tu ne vas pas tarder à regagner ton frère.
- Je sais, le plus tôt sera le mieux.
Je lui parlais sans même le regarder, ce qui devait le déstabiliser.
D'un seul coup, j'entendis un cri, le cri de mon jumeau, je le reconnaissais bien. Tout mon corps était pris de frissons, de brûlures, comme si je souffrais avec lui.
- Bill !!
- Bill ? Joli prénom.
- Quoi ? Vous ne connaissez même pas nos prénoms ?
- Non, et cela nous est bien égal.
- Mais alors pourquoi ?
- Vous êtes jumeaux, et tellement proche ... Cela ne vous a jamais surpris ?
- Qu'est ce qui devrait nous surprendre ?
- Votre proximité. Cela s'explique pourtant.
- Non.
- Vous êtes jumeaux, et même plus. Ce qui crée ce lien est le fait que vous ayez le même c½ur.
- Le même c½ur ?
- Oui, un simple et même c½ur, coupé et en deux, une partie habitant chacun de vous deux.
- Mais ...
- Tu te demandes ce que cela nous apporte ? Tout simplement que si l'on joint un c½urs qui était séparé de la sorte, cela offre ce que l'on appel l'immortalité.
- L'immortalité ?
- Oui, pour simplement le prix de deux vies. Mais cela est tellement rare. Il faut que les jumeaux soir plus que liés, et vous l'êtes.
- Ce qui explique nos coupures sur le torse ?
- Oui, une simple vérification.
Un autre cri résonna dans la salle. Mon frère, toujours mon frère. Je souffrais avec lui, dans l'espoir de l'aider dans cette épreuve, puisque maintenant j'en était certain, comme nous avions tout les deux le même c½ur, nous étions une partie l'un de l'autre.
Puis les cris cessèrent d'un coup. Je me sentais étrangement vide, je savais que pour lui tout était fini, que sa souffrance s'était éteinte à jamais. Je savais aussi que je n'allais pas tarder à le rejoindre, et que notre amour n'en sera que plus fort.
Un des hommes revint devant la grille. Ses mains étaient couvertes de sang, le sang de mon jumeau, a qui on avait arraché le c½ur à vif. L'homme me détacha soigneusement, je ne me suis même pas débattu. Je savais ce qui m'attendait, je n'avais même plus peur.
Bill attend moi, je te rejoins. Là bas nous serons enfin ensemble, et nos c½ur réunis ne formeront plus qu'un.
[align]Ende