Douzième poteau de la troisième rue à l'intersection de la rue de l'oublier. J'avais pris le temps de compter, je ne voulais surtout pas me tromper. Lorsque l'on sait que l'on a qu'une seule chance, on fait toujours plus important, et pourtant ... On ne s'est jamais dit que la vie n'était qu'une chance unique.
J'avais mis longtemps à trouver cette rue, tu ne m'avais pas prévenu qu'elle n'était pas dans notre ville, mais dans cette espèce de province déserte. Tu aimais tellement brouiller les pistes, redonner un peu de piment à la vie, comme tu disais. Cela ne m'avait donc pas surpris de me retrouver dans ce village noir de monde le jour, et si solitaire la nuit. Un village touristique dirons-nous ... mais trop simple pour accueillir.
Cette rue ... je m'étais penché pour lire le panneau caché par quelques plantes oubliées, la rue de la vie. Drôle de nom me dis-je. Et pourtant j'ai tout de suite compris le sens que tu avais voulu lui donner.
M'adossant contre ce fameux poteau, j'ai attendu, je ne sais combien de temps. Après tout, que représentent quelques minutes par rapport à un an ? Rien ... rien du tout. Le temps s'est écoulé si lentement. Durant une année, je n'ai vécu que dans le vide. Je ne prenais plus la peine de rien, à par peut-être celle de respirer, pourtant il s'agissait d'une des choses les plus difficiles à accomplir. Tant de fois j'ai voulu arrêter, et mourir là où je me trouvais, sans penser au lendemain ... Pourtant, j'ai résisté, rien qu'en pensant à ce jour, à ce cour instant qui allait s'accomplir. Je ne faisais en réalité que compter ... compter les secondes qui me séparaient de ma résurrection.
La lumière qu'il dégageait clignotait, comme si la pauvre ampoule qui l'habitait se battait contre la mort. Quelques minutes d'obscurité contre seulement quelques secondes de lumière. Et malgré sa faible lueur, elle m'éblouissait. J'avais toujours peur de ce que je pouvais apercevoir après l'ombre. Parfois il ne faut mieux pas savoir.
Le vent jouait gentiment avec mes cheveux, au loin un chien aboyait, dialoguant avec la lune, sa seule vraie amie. A ce moment précis, j'hésitais aussi à lui faire part de mes tourments, je me sentait si seul, si triste, si abandonné. Parfois cette dame blanche pouvait nous aider, elle était toujours là pour veiller sur nous, un peu comme toi.
J'allai quitter cette endroit, l'heure de rendez vous était passé depuis bien trente minutes, et pourtant, quelques choses au fond de moi me disait de rester. Mais quand la lumière réapparut, une ombre s'était formée non loin de moi. Malgré le temps, je n'avais pas oublié cette silhouette si parfaite.
Il s'avança, souriant comme jamais. Comme cela me fait du bien de revoir son visage. Cependant, il s'arrêta à quelques mètres de moi. J'ai plongé mon regard dans le sien, toujours si beau, si pur ...
Il ne dit rien, il n'avait rien à dire, cela ne servait à rien, on avait déjà tout dit, on se comprenait tellement. Je voulu me jeter dans ses bras, mais il me retint. Je compris, et me calmai. Pourquoi ? Pourquoi était-il parti ainsi ? Si vite, sans prévenir ?
Mon jumeau, la personne la plus importante à mes yeux avait préféré faire sa vie ailleurs, où peut être l'avait-on obligé. Pourtant l'amour qui nous uni est plus fort que tout, et il me semble qu'il avait fini par le comprendre, vu qu'il se trouvait devant moi ... les yeux brillants.
Il finit par ouvrir la bouche, et déballa tout ce qu'il avait sur le c½ur. Il me dit que je lui manquais, qu'il n'y était pour rien, qu'il n'avait pas vu, qu'il aurait voulu rester, que sans moi il n'était rien ... Il parla de longues minutes sans même reprendre sa respiration. Après tout, peut être en avait-il plus besoin ...
A mon tout je pris la parole, non sans retenir mes larmes. Je lui dis ce que je pensais, à quel point il me manquait, et que je ne lui en voulais pas ...
« Je n'avais pas vu, pas vu cette voiture qui avançait bien trop vite, j'étais trop absorbé pas ton regard de l'autre coté de la route »
Un silence ... Un long silence. Je venais d'entendre ce que je voulais entendre depuis si longtemps. Alors il n'y était pour rien ? C'était ce véhicule qui avait emmené son corps frêle loin de moi pour toujours, qui lui avait retiré tout ce qu'il avait. Il n'avait pourtant rien demandé.
Une larme glissa sur ma joue, je n'avais su la retenir. Dans un dernier sourire il la rattrapa du bout de ses doigts, devenu glacés, et déposa un simple baiser sur ma joue. Puis, sans oublier de me murmurer un au revoir à l'oreille, il partit, s'en alla encore une fois loin de moi, loin du monde.
Ce soir, j'avais rendez-vous, rendez-vous avec la mort. Simple hallucination ou réelle imagination. Je ne saurai jamais. Mais la vie est ainsi faite ... il y aura toujours un dénouement funeste.
Ende



